Jeudi 4 juin 2009
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Six mois. Six mois ! Six petits, tous petits mois. Ma deuxième leçon Adélienne sera sans doute la découverte du fait que mon cerveau ne peut
appréhender que des durées inférieures à six mois. Au-delà, c'est flou, c'est vague, c'est loin -- tellement d'eau coulera sous les ponts. Il y a bien des panneaux le long de la route, et les
gens pour me rappeler que je m'en approche à un rythme régulier, immuable. Et puis, depuis ce week-end : ça y est, au loin, je le vois, l'horizon. Tout au bout de la route, sinueuse et incertaine
qui se présente devant moi. A cette vue, brutalement, tout s'agite, comme si j'avais désormais un grand minuteur au-dessus de ma tête, qui me suis en permance. En moi, une certaine
agitation, une très vague angoisse anticipant le chamboulement radical de ma vie qui est là, visible pour la première fois. Il y a un parallèle avec ma première nuit Finlandaise, passée dans la
forêt vers Pyhan. Après des kilomètres de piste forestière, le halo de la Lune dans le bleu-nuit, les sapins lourds et sombres, le froid que le sol renvoyait : mon corps était en réception
maximale, à l'affût de chaque signe, chaque indice de danger. Je savais que j'étais bien là où je voulais être et que deux semaines époustouflantes, mémorables, étaient devant moi. Et pourtant,
cette saine angoisse profonde. Anticipation de l'énorme plongée dans l'inconnue à laquelle je tendais : et si j'étais insuffisamment préparé au Nord ? Trouverai-je bien ce à quoi je m'attend sans
surprise désagréable, sans péril insoupçonné ?
Six mois. Je n'arrive pas à y croire. C'est tellement irréel, si éloigné de tous mes repères, insaisissable et pourtant bien devant moi, en vue.
Ca me semble une fiction, un mirage. Pourtant, je vois bien François et Pounours en photo, tous deux que j'ai pas mal cotoyés du temps de l'école et qui font le lien entre ma vie passé, intégrée
en moi, et celle à venir. Je dirais que depuis quelques jours, les réactions "cérébrales", raisonnées ont fait place à des instincts plus profonds, animaux, de sauvegarde. Comme durant la
traversée de la Laponie il y a trois semaines ou à Gamvik un mardi matin frileux et humide.
Pour finir, quelques nouvelles. Le boulot est comme vous vous en doutez très prenant. Concernant la thèse, le compte à rebours a basculé sous les trois mois. Je suis à la fin
de la rédaction du chapitre 3, que je rendrai lundi à mes encadrants pour itération. Du côté des derniers résultats à venir, les calculs très longs que l'on avait lancé pour qu'ils tournent
pendant mon absence scandinave sont tous faux, à cause d'un impardonnable décalage d'indice dans les fichiers de départ. Je suis en train de refaire ces fichiers, en travaillant plus proprement
et en surveillant de plus prêt ce qui se passe. Enfin... les calculs tourneront pendant que je rédigerai le chapitre 4, à partir de lundi. En dehors de ça, ces jours-ci, je suis assez pris par
des discussions et réunions très chronophages pour préparer le conseil de laboratoire qui se tiendra dans 8 jours -- je suis l'un des deux représentants des thésards du labo et des dossiers sur
lesquels nous travaillons depuis un an sont sur le point d'aboutir. C'est assez gratifiant de voir que les efforts sont sur le point d'être récompensés mais c'est très prenant et
exigeant. Ca fait deux ans et demi que je suis représentant -- à titres divers -- des thésards de mon laboratoire. En anticipant sur ma "retraite" prochaine, ça a été une expérience
réellement très enrichissante, formatrice. Voir l'envers du décor est une chance. Interagir avec beaucoup de personnes différentes, dont certains sont des décideurs, a été une manière de
prendre du recul sur ce que je suis, ce que je fais au labo. M'enrichir de leur expérience, leurs connaissances et sans doute au-delà de ça observer leur manière de penser... On prend toujours un
peu des gens que l'on cotoye...