Dans cette première partie de présentation de la station Dumont-Durville que je vais habiter pendant un an, quelques éléments à propos de la géographie du coin, l'accessibilité et le
climat :
Un mot de géographie
Tout d'abord : où est donc située la base ? Et bien très précisément par 66°39'46" Sud et 140°00'05' Ouest. Sur la carte ci-dessous, issue de l'IPEV (Institut Paul-Emile Victor --
que je présenterai un peu plus tard), on peut voir la position de DDU, qui se situe donc sur la côte du continent Antarctique face à l'Australie, sur la côte de la Terre Adélie, part du camembert
glacé placée sous administration française (440 000 km²).
* 66°40' Sud, c'est donc au sud du cercle polaire (à 66°33') qui passe à environ 13 kilomètre au large de l'île des Pétrels sur laquelle se situe la base.
* 140° Ouest, ça signifie 9 heures de décalage horaire positif avec la métropole, 8h l'été : midi à Paris, 21h à DDU.
Loin, d'accord mais de combien ? Dans le tableau suivant on pourra trouver la distance à certains lieux particulier (plus précisément, l'orthodromie, i.e. en
suivant la surface terrestre) et entre parenthèse le rapport entre cette distance et la circonférence terrestre :
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Chécy
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16843 km (42,1%)
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Toulouse
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16459 km (41,1%)
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Hobart, le port le plus proche
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2677 km (6,7%)
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Pôle Sud géographique
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2595 km (6,5%)
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Pôle Sud magnétique (données de 2001 -- 64,7°S,138,3°E)
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247 km (0,6%)
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Kerguelen
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4192 km (10,5%)
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Dôme C -- Concordia, base franco-italienne dans la zone de souveraineté Australienne
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1107 km (2,8%)
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On pourra noter la remarquable proximité du Pôle Sud magnétique, qui s'éloigne d'une quarantaine de kilomètres par an du continent, il devrait donc se situer en 2010 à environ 600km de la
base.
Pour ceux que ça amusent (comme moi), les antipodes de DDU, ou en d'autres termes le point de la surface terrestre le plus éloigné de DDU se situe là au Groënland :
http://maps.google.fr/?ie=UTF8&ll=66.667,-40.&spn=15.779619,56.425781&t=h&z=4
Zoomons un peu. La carte ci-dessous (émanant également de l'IPEV) montre l'environnement proche de la base (le côté de la carte doit faire une dizaine de kilomètres). La base
en elle-même ne se situe pas sur le continent mais sur la plus étendue des îles formant un petit archipel face à l'un des nombreux et immenses glaciers continentaux. Ainsi donc, lorsque la mer
n'est pas gelée, seul un zodiac permet de relier DDU aux autres îles et au continent.
Accessibilité
Les bases Antarctiques aussi reculées que DDU (certaines, notamment sur la péninsule face à l'Amérique du Sud ont une piste d'aterrisage) partagent le privilège avec de
rarissimes autres lieux dans le monde (Groënland, très haute montagne, le très grand large des océans) de n'être accessibles que par des moyens de locomotion terrestres sur de très longues
distances. On n'accède à DDU que par bateau, le brise-glace
l'Astrolabe, au départ d'Hobart. Notons que la fin du parcours se fait par
hélicoptère si la banquise est présente ou par zodiac. Il en découle des temps de parcours pour DDU de l'ordre de 6 à 7 jours au départ d'Hobart, rajouter facilement 36 à 48 heures depuis le
parvis de Notre-Dame de Paris.
Climat
Pour cette section, je me suis basé sur les résultats de [1].
Le climat de DDU est particulièrement clément au regard de celui, terrifiant, régnant sur le continent -- par exemple, les températures mesurées à la base Concordia sur Dôme C, situé
à 3250m d'altitude, sont de l'ordre de -30°C l'été et plongent au-deça de -70°C au coeur de l'hiver.
L'été à DDU est caractérisé par de longues périodes de temps calme et une grande stabilité des températures. L'hiver connaît une alternance de périodes claires sous l'influence
des vents catabatiques venant du continent (-25°C) et des dépressions neigeuses avec une remontée spectaculaire et très temporaire des températures (jusqu'à -5°C).
La
température moyenne est de -11°C et varie en moyenne mensuelle entre 0 et -2°C au meilleur de l'été (janvier et février) et -13 à -23°C l'hiver (de mai à octobre). Les
records sont de +9,9°C (30 décembre 2001) et -37,5°C (04 août 1990).
Les types de temps régnant à DDU sont sous la double influence des
vents liés d'une part des dépressions circulant plus au nord, amenant une relative douceur, neige et vent d'est;
d'autre part des vents catabatiques constitués d'air froid s'écoulant le long de la pente du continent, et donc de secteur sud. Ces vents sont particulièrement dévastateurs et peuvent être très
irréguliers. La première base permanente française, construite à Port-Martin, a d'ailleurs été détruite par le feu en 1952 pendant un épisode de vent catabatique. Bien que DDU ait été par
la suite construite sur un site spécialement abrité, elle détient le record mondial de vent mesuré dans une station de basse altitude avec 320 km/h le 16 juin 1972 lors d'un épisode de vent
catabatique et l'occurence d'un phénomène de Loewe d'ampleur exceptionnel. On pourra trouver sur la page
http://www.sblanc.com/taaf/pages/vent-catabatique.htm de l'excellent site de Samuel Blanc des précisions quant à ces vents, notamment
son caractère intermittent, et le phénomène de Loewe. On pourra aussi consulter [2].
Le site de l'année polaire internationale (2007-2008) propose de très jolies illustrations de diverses situations météo marquantes de l'année 2008 :
http://www.annee-polaire.fr/ipev/documents/cartes_satellites_de_ddu_2008 .
[1] König-Langlo G., King, J.C., and Pettré, P., Climatology of the three coastal Antarctic stations Dumont d’Urville, Neumayer, and Halley,
J. Geophys. Res., 103,
10935-10946, 1998.
[2] Pettré, P., Payan, C., and Parish, T.R., Interaction of Katabatic Flow with Local Thermal Effects in a Coastal Region of Adelie Land, East Antarctica,
J. Geophys.Res., 98,
10429-10440, 1993.